| Wednesday 01 April 2009, a 20:02 |
| Philosophie de l'Amour et de la Sagesse |

Ma quête restera à jamais celle de l'Amour vrai.
Je m'efforcerais de le trouver, qu'importe les
heures, les jours, les années.
Ne suis-je ce pélerin à la recherche de mon moi
sur le chemin de la vie.
Souffle de Mots
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| Tuesday 15 September 2009, a 09:11 |
| Les ailes brisées. 67 |

Cinq années s'étaient écoulées depuis le mariage de Selma sans qu'un enfant ne soit né pour renforcer le lien spirituel entre les époux et unir leurs âmes incompatibles.
Une femme bréhaigne est jugée partout avec dédain parce que le désir de la plupart des hommes est de se perpétuer à travers leur descendance.
L'homme matérialiste considère son épouse stérile comme une ennemie ; il la déteste et souhaite sa mort. Mansour Bey Galib était de ces hommes dominés par la matière, durs comme l'acier et avides comme une tombe.
Son désir d'avoir un enfant pour perpétuer son nom et sa réputation le fit haïr Selma malgré sa beauté et sa douceur.
Un arbre qui a poussé dans une grotte ne porte pas de fruits, et Selma, qui vivait dans l'ombre de la vie, ne portait pas d'enfant.
Le rossignol ne fait pas son nid dans une cage afin que l'esclavage ne soit pas le lot de ses petits ... Selma était prisonnière du malheur et c'était la volonté des Cieux, qu'elle ne donnât pas vie à un autre captif pour partager son existence.
Les fleurs des champs sont les enfants de la tendresse du soleil et de l'amour de la nature, et les enfants des hommes sont les fleurs de l'amour et de la compassion ...
L'esprit de l'amour et de la compassion ne régirent jamais la belle demeure de Selma à Ras Beyrouth. Pourtant, elle s'agenouillait chaque nuit devant les Cieux et demandait à Dieu un enfant par lequel elle pourrait trouver réconfort et consolation ...
Elle pria sans relâche jusqu'à ce qu'Ils accèdent à ses prières ...
L'arbre de la grotte fleurit pour donner enfin des fruits. Le rossignol dans la cage commença de faire son nid avec les plumes de ses ailes.
Selma tendit ses bras enchaînés vers les Cieux pour recevoir le précieux don et rien au monde n'eût pu la rendre plus heureuse que de devenir mère.
Elle attendit anxieusement comptant les jours et aspirant au jour où la plus douce mélodie des Cieux, la voix d'un enfant, résonnerait dans ses oreilles ...
Elle commença à apercevoir l'aube d'un futur meilleur à travers ses larmes.
Les ailes brisées, Khalil Gibran
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| Tuesday 15 September 2009, a 09:04 |
| Les ailes brisées. 66 |

Alors elle se leva, me regarda et dit : "Maintenant, il faut retourner gaiement dans ma grotte sombre, où résident d'horribles fantômes.
Ne compatis pas pour moi, mon bien-aimé, et ne sois pas désolé pour moi, parce que l'âme qui voit l'ombre de Dieu une fois ne sera jamais effrayée, par la suite, par les fantômes des diables. Et l'oeil qui regarde les cieux une fois ne sera jamais fermé par les souffrances du monde."
Ayant dit ces mots, Selma quitta le sanctuaire et je demeurai là perdu dans un insondable océan de pensées, absorbé dans le monde de la révélation où Dieu est assis sur le trône ...
Où les anges écrivent les actes des êtres humains, où les âmes récitent la tragédie de la vie et où les vierges du Paradis chantent les hymnes de l'amour, du chagrin et de l'immortalité.
La lumière avait déjà disparu quand je m'éveillai de ma torpeur et me retrouvai perplexe au milieu des jardins, répétant l'écho de chaque mot prononcé par Selma.
Et , me rappelant son silence, ses actions, ses mouvements, son expression et le contact de ses mains, jusqu'à ce que je comprenne le sens de l'adieu et la douleur de la solitude.
J'étais abattu et j'avais le coeur brisé. C'était la première fois que je réalisais que les hommes, même s'ils sont tous nés libres, demeurent les esclaves des lois strictes et édictées par leurs ancêtres, et que le firmament, que j'imagine immuable, est l'aspiration d'hier à la volonté, d'aujourd'hui
- Maintes fois, depuis cette nuit, j'ai pensé à la loi spirituelle qui a fait préférer à Selma la mort à la vie, et maintes fois, j'ai fait une comparaison entre la noblesse du sacrifice et le bonheur de la rébellion pour tenter de comprendre lequel est le plus noble et le plus beau.
Mais jusqu'à aujourd'hui, je n'ai tiré qu'une seule vérité de toute cette réflexion : c'est que la sincérité rend beaux et nobles tous nos actes. Et cette sincérité habitait Selma Karamy.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Tuesday 15 September 2009, a 08:53 |
| Les ailes brisées. 65 |

" ... une femme qui entend protéger celui qu'elle aime de l'ignorance des gens et de son âme ardente. J'avais l'habitude de m'asseoir à côté de toi comme une ombre tremblante, mais aujourd'hui je suis venue ici te montrer la vérité de mon être devant Ishtar et le Christ.
Je suis un arbre, qui a poussé dans l'ombre, et aujourd'hui j'étends mes branches pour trembler l'espace d'un instant à la lumière du jour.
Je suis venue ici te dire au revoir, mon bien-aimé, et je veux espérer que notre adieu sera aussi grand et terrible que notre amour. Que notre adieu soit comme le feu qui plie l'or et le rend plus resplendissant."
Selma ne me permit pas de parler ou de protester, mais elle me regarda, ses yeux brillaient, son visage conservait sa dignité. Elle ressemblait à un ange digne de silence et de respect.
Puis elle s'élança sur moi, ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant, m'entoura de ses bras lisses et imprima un long baiser, profond et ardent, sur mes lèvres.
Alors que le soleil se couchait, retirant ses rayons des jardins et des vergers, Selma alla au milieu du temple, elle en regarda longuement les murs et les recoins comme si elle voulait transmettre la lumière de ses yeux sur ces représentations et ces symboles.
Puis elle s'avança, s'agenouilla respectueusement devant l'image du Christ, embrassa ses pieds et murmura : "Oh, Christ, j'ai choisi Ta Croix et j'ai choisi de déserter le monde d'Ishtar fait de plaisir et de bonheur, j'ai porté la couronne d'épines et repoussé la couronne de laurier.
Je me suis lavée avec le sang et les larmes au lieu du parfum et de la myrrhe, j'ai bu le vinaigre et le fiel dans une coupe qui était faite pour le vin et le nectar : accepte-moi, mon Seigneur parmi ceux qui T'ont choisi, en affrontant leurs souffrances et en acceptant leurs peines."
Les ailes brisées, Khalil Gibran
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| Sunday 13 September 2009, a 08:14 |
| Les ailes brisées. 64 |
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J'ai eu l'impression de vivre près de toi, entourée par l'ombre de ton âme, submergée dans l'océan de ta tendresse. Mais toutes ces pensées qui irradient le coeur d'une femme, la poussent à se rebeller contre les vieilles coutumes
A vivre dans l'ombre de la liberté et de la justice, m'ont fait croire que je suis trop faible et que notre amour est limité et fragile, incapable de se tenir devant le visage du soleil.
J'ai crié comme un roi dont le royaume et le trésor ont été usurpés, mais j'ai vu immédiatement après ton visage à travers mes larmes et tes yeux qui me regardaient, et je me suis souvenue de ce que tu m'as dit une fois :
"Viens, Selma, viens et soyons de solides tours face à la tempête. Tenons-nous comme de courageux soldats devant l'ennemi et affrontons ses armes. Si nous sommes tués, nous mourrons comme des martyrs, et si nous vainquons, nous vivrons comme des héros.Braver les obstacles et les épreuves est plus noble que de se retirer dans la tranquillité".
Ces mots mon bien-aimé, que tu as prononcés quand les ailes de la mort planaient au-dessus du lit de mon père, je me les suis rappelés hier quand les ailes du désespoir planaient au-dessus de ma tête.
J'ai renforcé mon être et j'ai senti, alors que j'étais dans les ténèbres de ma prison, une sorte de précieuse liberté qui facilitait nos difficultés et atténuait nos chagrins. J'ai compris que notre amour était aussi profond que l'océan, aussi haut que les étoiles et aussi vaste que le ciel.
Je suis venue ici te voir et dans mon âme faible, il y a une force nouvelle, et cette force est la capacité de sacrifier une grande chose afin d'en obtenir une plus grande encore :
c'est le sacrifice de mon bonheur afin que tu puisses rester vertueux et digne aux yeux des gens et que tu échappes à leur traitrise et leurs persécutions.
Par le passé, quand je venais dans cet endroit, j'avais l'impression que de lourdes chaînes s'abattaient sur moi, mais aujourd'hui je suis venue ici avec une nouvelle détermination qui se rit des chaînes et abrège mon chemin.
J'avais l'habitude de venir dans ce temple comme un spectre effrayé, mais aujourd'hui je suis venue comme une femme courageuse qui ressent l'urgence du sacrifice et sait la valeur de la souffrance."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Sunday 13 September 2009, a 08:09 |
| Les ailes brisées. 63 |

Elle secoua la tête et fixa du regard quelque chose d'invisible sur le plafond du temple. Un sourire triste se dessina sur ses lèvres, puis elle dit : "Non, non mon bien-aimé.
Les cieux ont placé dans ma main une coupe, pleine de vinaigre et de fiel, que je me suis forcée à boire, il n'en reste que quelques gouttes, que je boira patiemment, afin de goûter l'amertume jusqu'au bout.
Je ne mérite pas une nouvelle vie d'amour et de paix, je ne suis pas assez forte pour les plaisirs et les douceurs de la vie, parce qu'un oiseau aux ailes brisées ne peut voler dans le vaste ciel.
Les yeux qui sont accoutumés à la faible lumière d'une bougie ne sont pas assez forts pour regarder le soleil. Ne me parle pas de bonheur, son souvenir me fait souffrir. Ne m'évoque pas la paix, son ombre m'effraie.
Mais regarde-moi et je te montrerai la torche sainte que les Cieux ont allumée dans les cendres de mon coeur - tu sauras que je t'aime comme une mère aime son enfant unique, et l'Amour m'a juste appris à te protéger, même de toi.
C'est l'Amour, purifié par le feu, qui m'empêche de te suivre vers cette terre lointaine. L'Amour tue mes désirs afin que tu puisses vivre librement et vertueusement.
L'amour limité réclame la possession du bien-aimé, mais l'amour infini n'exige que lui-même. L'amour qui naît dans la naïveté et l'éveil de la jeunesse se satisfait avec la possession et croît avec l'étreinte.
Mais l'amour qui est né au coeur du firmament et descendu avec les secrets de la nuit ne se satisfait que de l'Eternité et de l'immortalité. Il ne se prosterne que devant la divinité. Quand j'ai su que l'Evêque voulait m'empêcher de quitter la maison de son neveu et m'ôter mon seul plaisir.
Je me suis mise à la fenêtre de ma chambre et j'ai regardé la mer, en pensant aux vastes contrées de l'autre côté de l'océan, à la vraie liberté et à l'indépendance individuelle que l'on peut y trouver.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Monday 07 September 2009, a 19:41 |
| Les ailes brisées. 62 |

Ce monde regorge de merveilles et de beauté. Pourquoi vivons-nous dans l'étroit tunnel que l'Evêque et ses assistants ont creusé pour nous ? La vie est pleine de bonheur et de liberté, pourquoi n'ôtons-nous pas ce lourd joug de nos épaules ? Pourquoi ne brisons-nous pas les chaînes attachées à nos pieds ?
Pourquoi ne marchons-nous pas librement vers la paix . Debout et quittons ce petit temple pour le grand sanctuaire de Dieu. Quittons ce pays, son esclavage et son ignorance pour un autre pays plus lointain, que n'ont pas atteint les mains des voleurs.
Allons vers la côte sous la couverture de la nuit et prenons un bateau qui nous emportera de l'autre côté des océans, où nous pourrons commencer une nouvelle vie pleine de bonheur et de compréhension.
N'hésite pas Selma, car ces minutes sont plus précieuses pour nous que les couronnes des rois et plus sublimes que les trônes des anges. Suivons la colonne de lumière qui nous mènera de ce désert aride vers les champs verdoyants où poussent les fleurs et les plantes aromatiques."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Monday 07 September 2009, a 19:31 |
| Les ailes brisées. 61 |

Je dis : "Celui qui a été mordu par les serpents de la lumière et par les loups des ténèbres sera toujours déçu par les jours et les nuits. Mais écoute, Selma, écoute attentivement :
la séparation est-elle le seul moyen d'éviter la méchanceté et la médiocrité des gens ? Le chemin de l'amour et de la liberté est-il fermé et ne reste-t-il que la soumission à la volonté des esclaves de la mort ?"
Elle répondit : "Nous n'avons pas d'autre choix que de nous séparer et de nous dire adieu."
La révolte dans l'âme, je lui pris la main et dis avec excitation : "Nous avons obéi à la volonté des gens depuis bien longtemps, depuis le jour où nous nous sommes rencontrés jusqu'à aujourd'hui, nous avons été menés par l'aveugle et avons adoré avec lui leurs idoles.
Depuis l'heure où je t'ai rencontrée, nous avons été dans les mains de l'Evêque comme deux balles qu'il lance à son gré. Allons-nous nous soumettre à sa volonté jusqu'à ce que la mort nous emporte ? Dieu nous a-t-il donné la liberté d'en faire une ombre de l'esclavage ?
Celui qui éteint le feu de son esprit de ses propres mains est un infidèle aux yeux des Cieux, car les Cieux ont mis le feu ardent dans nos âmes. Celui qui ne se rebelle pas contre l'oppression se fait injustice à lui-même.
Je t'aime Selma et tu m'aimes aussi, et l'Amour est un trésor précieux, c'est le don de Dieu aux âmes sensibles et élevées. Jetterons-nous ce trésor et laisserons-nous les cochons le disperser et le piètiner ?
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Monday 07 September 2009, a 19:20 |
| Les ailes brisées. 60 |

Elle répondit des larmes dans les yeux : "Non, mon bien-aimé, mon esprit ne me réclame pas notre séparation, car tu fais partie de moi. Mes yeux ne se lassent jamais de te regarder, car tu es leur lumière.
Mais si le destin a voulu que je marche sur le rude chemin de la vie, chargée de fers, comment pourrais-je être heureuse si ton sort était semblable au mien ?". Elle ajouta : "Je ne puis tout dire, parce que la douleur paralyse la langue et l'empêche de parler.
Les lèvres sont scellées par le malheur et ne peuvent remuer. Tout ce que je puis te dire, c'est que j'ai bien peur que tu ne tombes dans le même piège que celui dans lequel je suis moi-même tombée."
Quand je demandais : "Que veux-tu dire, Selma, et de quoi as-tu peur ?", elle recouvrit son visage de ses mains et dit : "L'Evêque a d'ores et déjà découvert qu'une fois par mois, je quittais la tombe où il m'a enterrée." Je m'écriais : "L'Evêque a découvert nos rencontres ici ?"
Si tel est le cas, tu ne me trouverais pas assise à côté de toi, mais il se montre soupçonneux et a demandé à tous ses domestiques et ses gardes de me surveiller de très près.
J'ai l'impression que la maison dans laquelle je vis et le chemin que j'emprunte sont des yeux qui m'observent, des doigts qui me désignent et des oreilles qui écoutent le murmure de mes pensées."
Elle resta silencieuse un instant, puis elle poursuivit, des larmes coulant sur ses joues : 'Je n'ai pas peur de l'Evêque, car le noyé ne craint pas l'humidité, mais j'ai peur que tu ne tombes dans le piège et ne deviennes sa proie.
Tu es encore jeune et libre comme le soleil. Je n'ai pas peur du destin qui a décoché toutes ses flèches sur ma poitrine, mais j'ai peur que le serpent te morde le pied et t'empêche de gravir le sommet de la montagne où le futur t'attend avec ses plaisirs et sa gloire."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Monday 07 September 2009, a 19:07 |
| Les ailes brisées. 59 |

Un jour à la fin du mois de juin, alors que les gens quittaient la ville pour la montagne afin d'éviter la chaleur de l'été, j'allais comme d'habitude au temple pour y retrouver Selma, emportant avec moi un petit livre de poèmes andalous.
Quand je parvins au temple, je m'assis pour l'attendre, jetant un regard par intervalles aux pages de mon livre, récitant ces vers qui remplissaient mon coeur d'extase et évoquaient pour mon âme le souvenir des rois, des poètes et des chevaliers qui dirent adieu à Grenade et quittèrent, des larmes aux yeux et le coeur rongé par le chagrin, leurs palais, leurs institutions et leurs espoirs qu'ils laissaient derrière eux.
Au bout d'une heure, je vis Selma marcher dans la brume des jardins et approcher du temple, en s'appuyant sur son ombrelle comme si elle portait les soucis du monde sur ses épaules. Quand elle entra dans le temple et s'assit près de moi, je remarquai un changement dans ses yeux et j'étais impatient d'en connaître la raison.
Selma devina les pensées qui me traversaient l'esprit, elle posa sa main sur ma tête et dit : "Viens près de moi, approche mon bien-aimé, viens et laisse-moi étancher ta soif, car l'heure de la séparation est venue."
Je lui demandai : "Ton mari a-t-il découvert nos rencontres ici ?". Elle répondit : "Mon mari ne se soucie pas de moi, pas plus qu'il ne sait comment je passe le temps, car il est trop occupé avec ces pauvres filles que la misère a conduites dans les maisons de mauvaise renommée, ces filles qui vendent leur corps pour du pain, pétri avec le sang et les larmes."
Je m'enquérais : "Qu'est-ce qui t'empêche de venir au temple et de t'asseoir près de moi devant le trône de Dieu ? Ton âme exige-t-elle notre séparation ?"
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Sunday 06 September 2009, a 07:26 |
| Les ailes brisées. 58 |

Ceux qui pensent du mal de Selma Karamy parce qu'elle quittait la maison de son mari et me retrouvait dans le temple sont des êtres malades et faibles d'esprit qui considèrent les gens sains et en bonne santé comme des rebelles.
Ils sont comme ces insectes qui rampent dans l'obscurité de peur que les parasites leur marchent dessus. Le prisonnier opprimé qui peut quitter sa cellule et ne le fait pas est un lâche.
Selma, prisonnière innocente et opprimée, était incapable de se libérer de son esclavage. Fallait-il la blâmer parce qu'elle regardait à travers la fenêtre de la cellule les champs verdoyants et le ciel infini ?
Les gens considèreront-ils qu'elle était infidèle à son mari parce qu'elle quittait sa maison pour venir s'asseoir à côté de moi entre le Christ et Ishtar ? Que les gens disent ce qu'ils veulent. Selma avait dépassé les marécages qui submergent les autres esprits et s'était installée dans un monde que ne pouvaient atteindre le hurlement des loups et le sifflement des serpents.
Les gens peuvent dire ce qu'ils veulent de moi, car l'esprit qui a vu le spectre de la mort ne peut être frappé par les visages des voleurs ; le soldat qui a vu les épées tournoyer au-dessus de sa tête et des ruisseaux de sang sous les pieds ne peut craindre les pierres que lui lancent les enfants des rues.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Saturday 05 September 2009, a 07:44 |
| Les ailes brisées. 57 |

Une autre fois, elle dit en désignant les représentations sculptées sur les murs du temple : "Dans le coeur de cette pierre, il y a deux symboles représentant l'essence des désirs d'une femme et révélant les secrets cachés de son âme, qui oscille entre amour et chagrin - entre affection et sacrifice, entre Ishtar assise sur le trône et Marie se tenant au pied de la croix. L'homme achète gloire et réputation, mais la femme en paie le prix."
Personne ne connaissait nos secrètes rencontres, que Dieu et la nuée d'oiseaux qui volaient au-dessus du temple. Selma avait l 'habitude de venir dans son attelage à un endroit appelé parc Pasha et de là elle se rendait à pieds jusqu'au temple, où elle me trouvait qui l'attendais avec anxiété.
Nous ne craignions pas le regard d'autrui, pas plus que nos consciences ne nous taraudaient. L'esprit purifié par le feu et lavé par les larmes est plus élevé que ce que les gens appellent honte et disgrâce, il est affranchi des lois de l'esclavage et des vieilles coutumes contre les sentiments du coeur humain.
Cet esprit peut se tenir debout fièrement sans honte devant le trône de Dieu. Durant soixante-dix siècles, la société humaine a désiré ardemment corrompre les lois jusqu'à n'en plus comprendre la signification des lois supérieures et éternelles.
Les yeux de l'homme se sont habitués à la lueur des bougies et ne peuvent voir la lumière du soleil. La maladie spirituelle s'est transmise de génération en génération jusqu'à devenir partie intégrante des gens, qui la considèrent non pas comme une maladie, mais comme un don naturel que Dieu a accordé à Adam.
Si ces personnes rencontraient quelqu'un qui ne fût pas atteint par les germes de cette maladie, ils penseraient à lui comme à un être honteux et frappé de disgrâce.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Thursday 03 September 2009, a 14:25 |
| Les ailes brisées. 56 |

Nous nous rencontrions secrètement dans le vieux temple, nous rappelant les jours anciens, discutant de notre présent, appréhendant notre futur, révélant progressivement les secrets cachés dans les profondeurs de nos coeurs et nous plaignant mutuellement de notre malheur et notre souffrance, essayant de nous consoler avec des espoirs imaginaires et des rêves tristes.
De temps à autre, nous recouvrions notre calme, essuyions nos larmes et commencions à sourire, oubliant tout sauf l'amour. Nous nous étreignions jusqu'à ce que nos coeurs se mélangent, puis Selma déposait un baiser sur mon front et remplissait mon coeur d'extase.
Je lui rendais son baiser tandis qu'elle baissait son cou éburnéen et que ses joues se rosissaient joliment comme le premier rayon de l'aube sur le front des collines. Nous regardions silencieusement le lointain horizon où les rayons orange du crépuscule coloraient les nuages.
Nos discussions ne se limitaient pas à l'amour. De temps à autre nous devisions sur d'autres sujets et échangions des idées. Au gré de la conversation, Selma parlait de la place de la femme dans la société, de l'empreinte que des générations passées avaient laissées sur son caractère, de la relation entre mari et femme, des maladies et de la corruption spirituelles qui menaçaient la vie maritale.
Je me rappelle l'avoir entendu dire : "Les poètes et les écrivains essaient de comprendre la réalité de la femme, mais jusqu'à aujourd'hui, ils n'ont pas compris les secrets cachés de son coeur, parce qu'ils la regardent à travers le voile sexuel et n'en voient que l'aspect extérieur. Ils la regardent à travers le verre magnifiant de la nature détestable et ne trouvent que faiblesse et soumission."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Thursday 03 September 2009, a 14:10 |
| Les ailes brisées. 55 |

Au milieu des jardins et des collines qui relient la ville de Beyrouth au Liban se trouve un petit temple, très ancien, creusé dans la roche blanche, entouré d'oliviers, d'amandiers et de saules.
Bien que ce temple soit tout proche de la grand-route, à l'époque de mon histoire très peu de gens s'intéressaient aux reliques et aux ruines anciennes et l'avaient visité.
C'était un de ces nombreux endroits merveilleux cachés et oubliés qui sont légion au Liban. En raison de son isolement, il était devenu un havre pour les adorateurs et un sanctuaire pour les amoureux solitaires.
Quand on entre dans ce temple, on voit sur le mur de côté une vieille figure phénicienne, sculptée dans la pierre représentant Ishtar, déesse de l'amour et de la beauté, assise sur son trône, entourée de sept vierges nues se tenant dans diverses poses.
La première porte une torche, la seconde un luth, la troisième un encensoir, la quatrième une jarre de vin, la cinquième une branche de rosier, la sixième une couronne de laurier et la septième un arc et des flèches ; toutes regardent Ishtar respectueusement.
Sur le second mur, il y a une autre image, plus moderne que la première, symbolisant le Christ cloué sur la croix ; à Son côté se tient Sa mère affligée, Marie-Madeleine et deux autres femmes qui pleurent. Cette image byzantine montre qu'elle fut sculptée au XVe ou au XVe siècle..
Sur le mur côté ouest, il y a deux ouvertures rondes par lesquelles les rayons de soleil entrent dans le temple, frappent les images et donnent l'impression qu'elles ont été peintes avec de l'eau couleur d'or.
Au milieu du temple, il y a un cube de marbre avec de vieilles peintures sur les côtés, dont certaines peuvent difficilement être vues sous les morceaux pétrifiés de sang qui montrent que les peuples anciens offraient des sacrifices sur cette pierre et y répandaient du parfum, du vin, de l'huile.
Il règne dans ce petit temple un profond silence, révélant aux vivants les secrets de la déesse et parlant sans mot des générations passées et de l'évolution des religions.
Une telle perspective entraîne le poète vers un monde fort éloigné de celui dans lequel il vit et convainc le philosophe de ce que les hommes sont nés religieux.
Ils ont éprouvé le besoin de ce qu'ils ne pouvaient voir et dessiné des symboles pour donner sens et corps à leur secrets et à leurs aspirations cachés dans la vie et la mort.
Dans ce temple inconnu, je retrouvai Selma une fois par mois et passai des heures avec elle à regarder ces étranges représentations, à penser au Christ crucifié et à m'interroger sur les jeunes gens phéniciens qui vécurent, moururent et adorèrent la beauté en la personne d'Ishtar, en brûlant de l'encens devant sa statue et en versant du parfum sur sa châsse, des êtres dont il ne reste que le nom, répété par la marche du temps devant le visage de l'éternité.
Il est difficile de restituer avec des mots le souvenir de ces heures où je retrouvais Selma - ces heures célestes, remplies de douleur, de bonheur, de chagrin, d'espoir et de malheur.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Sunday 30 August 2009, a 06:31 |
| Les ailes brisées. 54 |

Selma sentit la main de son père. Elle était froide, elle leva alors la tête et regarda son visage. Il était recouvert du voile de la mort. Elle était si bouveversée qu'elle ne pouvait verser de larmes, ni pousser le moindre soupir, ni même bouger.
Durant un moment elle le regarda de ses yeux aussi fixes que ceux d'une statue, puis elle s'inclina jusqu'à ce que son front touche le sol et dit : "Oh, Seigneur, aie pitié et répare nos ailes brisées."
Farris Effendi Karamy était mort : son âme gagnait l'Eternité et son corps retournait à la terre. Mansour Bey Galib s'empara de ses richesses et Selma devint une prisonnière de la vie - une vie de chagrin et de malheur.
J'étais perdu dans la peine et la rêverie. Les jours et les nuits firent de moi leur proie comme l'aigle broie sa victime. Plusieurs fois, je tentai d'oublier mon infortune en m'occupant avec les livres et les écrits des générations passées, mais c'était comme éteindre le feu avec de l'huile.
Je ne voyais rien d'autre dans le cortège du passé que la tragédie et je n'entendais rien d'autre d'autre que larmes et plaintes. Le Livre de Job était plus fascinant pour moi que les Psaumes et je préférais les Élégies de Jérémie au Chant de Salomon, Hamlet était plus près de mon coeur que tout autre drame composé par les écrivains occidentaux.
Ainsi le désespoir affaiblit-il notre perception et ferme-t-il nos oreilles. Nous ne pouvons voir que les spectres de la fatalité et et ne pouvons entendre que les battements de nos coeurs agités.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Friday 28 August 2009, a 06:30 |
| Les ailes brisées. 53 |

Le silence se fit, et je pus voir la pâleur de la mort sur le visage du vieillard. Puis il roula les yeux, nous regarda et murmura : "N'appellez pas le médecin, car il pourrait prolonger ma sentence dans cette prison par ses remèdes.
Les jours d'esclavage sont terminés, et mon âme aspire à la liberté des cieux. N'appelez pas le prêtre à mon chevet, parce que ses incantations ne me sauveraient pas si j'étais un pécheur, pas plus qu'elles ne me précipiteraient au Paradis si j'étais innocent.
La volonté de l'humanité ne peut changer celle de Dieu, pas plus qu'un astrologue ne peut changer le cours des étoiles. Mais après ma mort, que les docteurs et les prêtres fassent ce qu'ils veulent, car mon navire continuera de naviguer jusqu'à ce qu'il parvienne à sa destination.
A minuit, Farris Effendi ouvrit ses yeux fatigués pour la dernière fois et les porta sur Selma, qui était agenouillée à son chevet. Il tenta de parler, mais la mort s'était déjà emparée de sa voix. Il parvint cependant à dire : " La nuit est passée ... Oh, Selma, Oh ... Oh, Selma ..." puis il inclina la tête, son visage devint blanc et je pus voir un sourire sur ses lèvres tandis qu'il exhalait son dernier souffle.
Khalil GIbran, Les ailes brisées
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| Thursday 27 August 2009, a 19:32 |
| Les ailes brisées. 52 |

Les mots de Selma poignardèrent mon coeur, et j'avais le sentiment que je ne pourrais en supporter davantage. Le vieil homme l'écouta, l'esprit affligé, tremblant comme la lumière d'une lampe au vent.
Puis il tendit la main et dit : "Laisse-moi partir paisiblement, mon enfant. J'ai cassé les barreaux de cette cage ; laisse-moi m'envoler et ne m'arrête pas, car ta mère m'appelle. Le ciel est clair, la mer est calme et le bateau est prêt à partir, ne diffère pas mon voyage.
Laisse mon corps reposer avec ceux qui ont trouvé la paix. Laisse mon rêve s'achever et mon âme s'éveiller avec l'aube, laisse ton âme étreindre la mienne et donne-moi le baiser de l'espoir, ne laisse pas les gouttes du chagrin ou de l'amertume tomber sur mon corps de crainte que les fleurs et l'herbe ne refusent leur nourriture.
Ne verse pas des larmes de malheur sur ma main, car elles peuvent faire pousser les épines sur ma tombe. Ne dessine pas des rides d'agonie sur mon front, car le vent peut passer, les lire et refuser d'emporter la poussière de mes os dans les vertes prairies ...
Je t'ai aimée, mon enfant, tant que j'ai vécu, et je t'aimerai quand je serai mort, et mon âme veillera toujours sur toi et te protégera.
Puis Farris Effendi me regarda de ses yeux à moitié clos et dit : " Mon fils, soyez un vrai frère pour Selma comme votre père le fut pour moi. Soyez son aide et son ami dans le besoin, et ne la laissez pas pleurer, parce que les larmes versées pour le mort sont une erreur.
Racontez-lui de belles histoires et chantez pour elle les chansons de la vie afin qu'elle puisse oublier ses chagrins. Rappelez-moi auprès de votre père, demandez-lui de vous raconter les récits de notre jeunesse et dites-lui que je l'ai aimé dans la personne de son fils dans la dernière heure de ma vie."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Saturday 22 August 2009, a 07:46 |
| Les ailes brisées. 51 |

Faris Effendi ouvrit la bouche et dit : "Ta mère te nourrissait quand elle a perdu son père ; elle a crié et pleuré pour sa mort, mais elle était sage et patiente.
Elle s'est assise père de moi dans dans pièce aussitôt que les funérailles furent terminées, elle a pris ma main et dit : " Farris, mon père est mort et désormais tu es ma seule consolation en ce monde.
Les sentiments du coeur sont divisés comme les branches du cèdre, si l'arbre perdu une grosse branche, il souffre mais ne meurt pas. Il diffusera toute sa vitalité dans la branche suivante afin qu'elle grandisse et remplisse l'espace vide."
Voilà ce que me dit ta mère quand son père est mort, et tu devras dire la même chose quand la mort emportera mon corps dans sa dernière demeure et remettra mon âme à Dieu."
Selma lui répondit avec des larmes qui coulaient sur ses joues et le coeur brisé : "Quand Mère a perdu son père, tu as pris sa place, mais qui va prendre la tienne quand tu partiras ?
Elle fut laissée au soin d'un mari aimant et fidèle, elle a trouvé la consolation dans sa petite fille, mais qui sera mon réconfort quand tu disparaîtras ? Tu as été mon père, ma mère et le compagnon de ma jeunesse."
A ces mots, elle se tourna vers moi et prenant le pan de mon habit, elle dit : "Voici, le seul ami que j'aurai après que tu ne seras plus, mais comment pourra-t-il me consoler quand il souffre lui aussi ? Comment un coeur brisé peut-il trouver la consolation dans une âme déçue ?
Une femme triste ne peut être réconfortée par le chagrin de son voisin, pas plus qu'un oiseau ne peut voler les ailes brisées. Il est l'ami de mon âme, mais je l'ai déjà chargé d'un lourd chagrin et j'ai affaibli ses yeux avec mes larmes au point qu'il ne voit plus que les ténèbres.
Il est un frère que j'aime tendrement, mais comme tous les frères, il partage mon chagrin et m'aide à verser des larmes qui augmentent mon amertume et brûlent ma poitrine."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Friday 21 August 2009, a 17:20 |
| Satan. 14 |

Le Père Samaan frissonna et se frotta les mains nerveusement ; comme s'il s'excusait, il dit : "Je sais à présent ce que j'ignorais il y a seulement une heure. Pardonne mon ignorance. Je sais que ton existence dans ce monde crée la tentation et que la tentation est une aune avec laquelle Dieu adjuge une valeur aux âmes humaines.
C'est une échelle que le Dieu Tout-Puissant utilise pour jauger les esprits, je suis certain que si tu meurs, la tentation mourra, et avec sa disparition, la mort détruira le pouvoir idéal qui élève et prévient l'homme.
Tu dois vivre, car si tu meurs et que les gens le savent, leur peur de l'enfer se dissipera et ils cesseront d'adorer, car rien ne serait péché. Tu dois vivre, car le salut de l'humanité du vice et du péché repose dans ton existence.
Quant à moi, je sacrifierai ma haine de toi sur l'autel de mon amour pour l'homme."
Satan poussa un rira qui ébranla la terre et dit : "Quelle personne intelligente tu es, Père ! Et quelle connaissance merveilleuse des faits théologiques tu possèdes ! Tu as trouvé, grâce à ton intelligence remarquable, un but à mon existence que je n'avais jamais compris, et maintenant nous réalisons le besoin mutuel que nous avons l'un pour l'autre.
Viens près de moi mon frère, l'obscurité envahit les plaines, la moitié de mon sang s'est répandu sur le sable de cette vallée et il ne reste de moi que les vestiges d'un corps brisé que la mort prendra bientôt à moins que tu ne viennes à mon aide.'
Le Père Samaan remonta les manches de sa soutane et approcha ; il souleva Satan sur son dos et marcha vers sa maison.
Dans ces vallées englouties par le silence et embellies par le voile de l'obscurité, le Père marchait vers son village, le dos courbé sous son lourd fardeau.
Son habit noir et sa longue barbe étaient éclaboussés par le sang qui s'écoulait, mais il continuait d'avancer, ses lèvres récitant une prière fervente pour que continue de vivre Satan qui se mourait ...
Khalil Gibran, Satan
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| Friday 21 August 2009, a 17:09 |
| Satan. 13 |

Je suis la tempête enragée et muette qui agite l'esprit des hommes et le coeur des femmes. Et avec la peur qu'ils ont de moi, ils se rendent dans les lieux de débauche pour me rendre heureux en se soumettant à ma volonté.
Le moine qui prie dans le silence de la nuit pour me maintenir loin de son lit est comme la prostituée qui m'invite dans sa chambre. Je suis Satan l'infini et l'éternel.
Je suis le bâtisseur des couvents et des monastères sur les fondations de la peur. Je construis les échoppes de vin et les maisons de débauche sur les fondations de la luxure et de l'autosatisfaction.
Si je cesse d'exister, la peur et le plaisir seront abolis de ce monde, et à travers leur disparition, les désirs et les espoirs cesseront d'exister dans le coeur humain. La vie deviendra vide et froide, comme une harpe dont les cordes sont cassées.
Je suis l'inspiration du mensonge, de la calomnie, de la tricherie, et de la moquerie et si ces éléments devaient être ôtés à ce monde, la société humaine deviendrait comme un champ déserté dans lequel rien ne pousserait que les épines de la vertu.
Je suis la mère et le père du péché, et si le péché devait disparaître, ceux qui luttent contre lui disparaîtraient avec lui, de même que leurs familles et leurs organisations.
Je suis le coeur du mal. Souhaiterais-tu que le cours de l'humanité s'interrompe quand mon pouls cesse de battre ? Accepterais-tu le résultat après en avoir détruit la cause ? Je suis la cause. Accepterais-tu que je meure dans ce lieu désert et sauvage ? Désires-tu trancher le lien qui existe entre toi et moi ? Réponds-moi, prêtre !"
Satan étira les bras, inclina la tête en avant et haleta profondément ; son visage devint gris et il ressemblait à une de ces statues égyptiennes ravagées par le temps au bord du Nil.
Alors il fixa ses yeux étincelants sur le visage du Père Samaan et dit d'une voix entrecoupée : "Je suis fatigué et faible. J'ai eu tort d'utiliser mes forces déclinantes à te dire des choses que tu connais déjà. A présent, tu peux faire comme tu l'entends. Tu peux m'emporter chez toi et soigner mes blessures, ou me laisser dans cet endroit pour mourir."
Khalil GIbran, Satan
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| Thursday 20 August 2009, a 09:19 |
| Les ailes brisées. 49 |
Devant le trône de la mort - 7

Farris Effendi bougea lentement et tendit sa faible main vers Selma. D'une voix aimante et tendre il dit : " Tiens ma main, ma Chérie." Selma prit sa main puis il ajouta : "J'ai vécu assez longtemps et j'ai goûté les fruits des saisons de la vie. J'ai expérimenté toutes ses phases avec équanimité. J'ai perdu ta mère quand tu n'avais que trois ans, elle t'a laissée à moi comme un précieux trésor.
Je t'ai regardée grandir et ton visage reproduisait les traits de ta mère, comme les étoiles se reflètent dans un lac calme. Ton caractère, ton intelligence et ta beauté sont ceux de ta mère, jusqu'à ta façon de parler et à tes gestes.
Tu as été ma seule consolation dans cette vie parce que tu étais à l'image de ta mère dans chaque acte et chaque mot. A présent, je vieillis, et mon seul repos est entre les douces ailes de la mort. Console-toi, ma fille chérie, parce que j'ai vécu assez longtemps pour te voir devenir femme.
Sois heureuse, parce que je vivrai en toi après ma mort. Mon départ aujourd'hui ne serait pas diffèrent de mon départ de demain ou le jour d'après, car nos journées périssent comme les feuilles d'automne. Chaque heure meurt comme une feuille d'automne. L'heure de ma mort approche rapidement et mon âme aspire à être unie à celle de ta mère."
Tandis qu'il disait ces mots avec douceur et amour, son visage devenait rayonnant. Puis il mit sa main sous son oreiller et en tira une petite image dans un cadre doré. Il la regarda et dit : " Viens Selma, viens voir ta mère sur cette photographie."
Selma essuya ses larmes, et après avoir longuement regardé la photographie, elle l'embrassa, à plusieurs reprises et s'écria : " Oh, ma mère chérie ! oh, mère !"
Elle posa ses lèvres tremblantes sur la photographie comme si elle souhaitait insuffler son âme à cette image.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Thursday 20 August 2009, a 09:05 |
| Satan. 12 |
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Alors le chef appuya sa tête sur son épais bâton et murmura : "J'ai appris aujourd'hui le secret intime de cet étrange pouvoir qui dirige la tempête vers nos maisons et apporte la peste sur nous et notre bétail.
Le peuple devra apprendre tout ce que j'ai compris maintenant, et La Wiss sera béni, honoré et glorifié pour leur avoir révélé le mystère de cet ennemi tout puissant et les avoir conduits hors du chemin du mal."
La Wiss quitta alors le chef de la tribu et se rendit dans sa retraite, heureux de son ingéniosité et grisé de l'euphorie que lui procuraient sa satisfaction et son imagination. Car pour la première fois, le chef et toute la tribu, sauf lui, passèrent la nuit endormis dans leur lit entourés d'horribles fantômes, de spectres effrayants et de rêves dérangeants."
Satan s'arrêta de parler un moment, tandis que le Père Samaan le regardait avec perplexité avec, sur les lèvres, le rire souffreteux de la mort. Satan poursuivit : "C'est ainsi que la divination arriva sur cette terre et c'est ainsi que mon existence fut la cause de son apparition. La Wiss fut le premier à adopter ma cruauté comme vocation. Après la mort de La Wiss, cette occupation fut transmise chez ses enfants et prospéra jusqu'à ce qu'elle devienne une profession parfaite et divine, poursuivie par ceux ceux dont les esprits sont mûrs pour la connaissance, les âmes nobles, les coeurs purs et l'imagination vaste.
A Babylone, les gens se prosternaient sept fois en adoration devant un prêtre qui m'avait combattu avec ses chants. A Ninive, ils considéraient un homme qui clamait qu'il avait percé mes secrets les plus intimes, comme une passerelle d'or entre Dieu et l'homme. Au Tibet, ils appelaient la personne qui avait lutté contre moi, le fils du soleil et de la lune. A Byblos, Ephèse et Antioche, ils offraient la vie de leurs enfants en sacrifices à mes adversaires. A Rome et Jérusalem, ils mirent leurs vies entre les mains de ceux qui proclamaient qu'ils me détestaient et me combattaient de toutes leurs forces.
Dans chaque ville sur cette terre mon nom était l'axe du cercle éducatif de la religion, des arts et de la philosophie. Sans moi, aucun temple n'aurait été construit, aucune tour ou palais n'auraient été érigés. Je suis le courage qui génère la détermination chez l'homme.
Je suis la source qui provoque l'originalité de la pensée. Je suis la main qui meut les mains de l'homme. Je suis Satan l'éternel, je suis Satan que les hommes combattent afin de rester en vie. S'ils cessent de lutter contre moi, la paresse émoussera leurs esprits, leurs coeurs et leurs âmes, conformément aux étranges châtiments de leur terrible mythe.
Khalil Gibran, Satan
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| Wednesday 19 August 2009, a 08:41 |
| Les ailes brisées. 48 |
Devant le trône de la mort - 6

Avec bonté et tendresse elle me regarda et dit : "Me demandes-tu de faire montre de patience, alors que tu as toi-même besoin ? Un homme affamé donnera-t-il son pain à un pauvre ? Un homme malade donnera-t-il à un autre le remède dont il a lui-même besoin ?
Elle leva la tête, la tête légèrement inclinée, nous marchâmes jusque dans la chambre du vieil homme et nous nous assîmes au pied de son lit.
Selma se força à sourire et à se montrer patiente, et son père essayait de lui faire croire qu'il se sentait mieux et plus fort, mais le père et la fille avaient tous deux conscience du chagrin l'un de l'autre et entendaient les soupirs contenus.
Ils étaient comme deux forces égales s'usant mutuellement en silence. Le coeur du père fondait à cause de la situation de sa fille. Ils étaient deux âmes pures, l'une sur le départ, et l'autre accablée de chagrin, s'étreignant dans l'amour et la mort et j'étais entre les deux, le coeur malheureux.
Nous étions trois personnes rassemblées et écrasées par les mains du destin : un vieil homme semblable à une demeure ruinée par une inondation, une jeune femme dont le symbole était un lis surmonté par le tranchant d'une faucille, et un jeune homme qui n'était qu'un faible arbrisseau, courbé par la neige ; nous trois étions des jouets dans les mains du destin.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Wednesday 19 August 2009, a 08:31 |
| Les ailes brisées. 47 |
Devant le trône de la mort - 5

"Dans ce lieu où le printemps nous a unis dans un lien d'amour, et dans ce même lieu, il nous a conduits devant le trône de la mort. Que le printemps était beau, et que l'hiver est terrible !"
A ces mots, elle recouvrit à nouveau son visage de ses mains comme si elle protégeait ses yeux contre le spectre du passé qui se tenait devant elle. Je posai ma main sur sa tête et lui dis : " Viens Selma, viens et soyons de solides tours face à la tempête.
Tenons-nous comme de courageux soldats devant l'ennemi et affrontons ses armes. Si nous sommes tués, nous mourrons comme des martyrs, et si nous vainquons, nous vivrons comme des héros. Braver les obstacles et les épreuves est plus noble que de se retirer dans la tranquillité.
Le papillon qui volette autour de la lampe jusqu'à ce qu'il meure est plus admirable que la taupe qui vit dans un tunnel sombre. Viens Selma, marchons fermement sur ce sentier rude, les yeux tournés vers le soleil afin de ne pas voir les crânes et les serpents parmi les rochers et les épines.
Si la peur devait nous arrêter à mi-chemin, nous n'entendrions que le ridicule des voix de la nuit, mais si courageusement nous atteignons le sommet de la montagne nous rejoindrons les esprits célestes dans les chants de triomphe et de joie. Allons, courage, Selma, essuie tes larmes et fais disparaître le chagrin de ton visage.
Debout, allons nous asseoir près du lit de ton père, parce que sa vie dépend de la tienne, et ton sourire est son seul remède."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Tuesday 18 August 2009, a 02:40 |
| Satan. 11 |

Le dieu des dieux s'emporta : "Je garderai pour moi seul le pouvoir fondamental, la grande autorité et les secrets essentiels, car je suis le commencement et la fin.
Et Bahtaar lui répondit en ces termes : "A moins que tu ne partages avec moi ta puissance et ta force, moi, mes enfants et les enfants de mes enfants nous révolterons contre toi !".
A ce moment, le dieu des dieux se dressa devant son trône dans l'immensité des cieux, il dégainé une épée et empoigna le soleil comme bouclier ; d'une voix qui ébranla tous les recoins de l'éternité il cria :
"Descends, maudit rebelle, vers le monde inférieur lugubre où existent l'obscurité et la tristesse ! Tu resteras en exil là-bas, errant jusqu'à ce que le soleil se change en cendres et que les étoiles soient changées en particules dispersées !
Sur l'heure, Bahtaar descendit du monde supérieur vers le monde inférieur, où demeuraient tous les esprits mauvais. Il jura alors sur le secret de la vie qu'il combattrait son père et ses frères en piégeant toute âme qui les adore."
Tandis que le chef écoutait, son front se plissa et son visage pâlit. Il hasarda : "Alors le nom du mauvais dieu est Bahtaar ?" Et La Wiss répondit : "Son nom était Bahtaar quand il était dans le monde supérieur, mais quand il entra dans le monde inférieur, il adopta successivement les noms de Baalzabout, Satanail, Balial, Zamiel, Ahriman, Mara, Abdon, Diable et pour finir Satan, qui est le plus célèbre."
Le chef répétât le mot "Satan" plusieurs fois d'une voix tremblante qui résonnait comme le bruissement des branches sèches quand passe le vent ; puis il demanda : "Pourquoi Satan déteste-t-il l'homme autant qu'il déteste les dieux ?"
La Wiss répondit rapidement : "Il déteste l'homme parce que l'homme est le descendant des frères et des soeurs de Satan." Le chef s'exclama : "Alors Satan est le cousin de l'homme !" D'une voix où se mêlaient le trouble et la contrariété, il rétorqua : "Oui, maître, mais il est leur grand ennemi qui remplit leurs jours de souffrance et leurs nuits de cauchemars horribles.
Il est le pouvoir qui dirige la tempête vers leurs masures, abat la famine sur leurs plantations et la maladie sur eux et leurs troupeaux. C'est un dieu mauvais et puissant ; il est malfaisant, il se réjouit quand nous sommes affligés et se lamente quand nous sommes joyeux.
Nous devons, par notre savoir, l'examiner à fond afin d'éviter de tomber dans ses rets malfaisants ; nous devons étudier son caractère, afin de ne plus emprunter son chemin semé d'embûches."
Khalil Gibran, Satan
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| Monday 17 August 2009, a 07:15 |
| Le Sable et l'Ecume |

"La naissance et la mort sont les plus nobles expressions du courage... "
Khalil Gibran
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| Sunday 16 August 2009, a 09:54 |
| Le Sable et l'Ecume |

"Peut-être qu'un enterrement chez les hommes et un repas de
noces chez les anges ... "
Khalil Gibran
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| Sunday 16 August 2009, a 09:30 |
| Les ailes brisées. 46 |
Devant le trône de la mort - 4

L'automne passa, et le vent emporta les feuilles jaunes sur les arbres, faisant de la place pour l'hiver qui arriva en hurlant et en criant. J'étais encore dans la Cité de Beyrouth sans autres compagnons que mes rêves qui élevaient mon esprit jusqu'au ciel puis l'enterrait profondément au coeur de la terre.
L'esprit triste trouve le réconfort dans la solitude. Il abhorre les gens, comme un cerf blessé déserte le troupeau et vit dans une grotte jusqu'à ce qu'il guérisse ou meure.
Un jour, j'appris que Farris Effendi était malade. Je quittai mon domicile solitaire et marchai jusqu'à sa demeure, en empruntant une nouvelle route, un chemin solitaire entre des oliviers, évitant la grand-route avec ses attelages bruyants.
Quand j'arrivai à la demeure du vieil homme, j'entrai et trouvai Farris Effendi allongé sur son lit, faible et pâle. Ses yeux étaient noyés et ressemblaient à deux vallées profondes, sombres et hantées par les fantômes du chagrin. Le sourire qui avait toujours animé son visage était défiguré par la tristesse et la souffrance, et les os de ses mains si bonnes ressemblaient à des branches nues tremblant dans la tempête.
Comme je m'approchais de lui et m enquérais de sa santé, il tourna son pâle visage vers moi et sur ses lèvres tremblantes apparut un sourire, puis il dit d'une voix faible : "Allez, mon fils, allez dans l'autre pièce réconforter Selma et faîtes-la venir ici qu'elle s'assoit à mon chevet.
J'entrai dans la pièce adjacente et trouvai Selma allongée sur un divan, la tête contre ses bras et son visage enfoui dans un coussin afin que son père ne l'entendit pas pleurer. M'approchant lentement, je prononçai son nom d'une voix qui ressemblait davantage à un soupir qu'à un murmure.
Elle bougea craintivement, comme si elle avait été interrompue dans un rêve effrayant et s'assit, en me regardant de ses yeux fixes, ne sachant si j'étais un fantôme ou un être vivant.
Après un profond silence qui nous ramena sur les ailes du souvenir à cette heure où nous étions ivres du vin de l'amour, Selma essuya ses larmes et dit : "Vois comme le temps nous a changés ! Vois comme le temps a changé le cours de nos vies et nous a laissés dans ces ruines."
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Sunday 16 August 2009, a 09:29 |
| Les ailes brisées. 45 |
Devant le trône de la mort - 3

Mes espoirs et mes prières furent vains, puisque le malheur de Selma était une maladie intérieure que seule la mort pouvait guérir.
Mansour Bey était un homme pour qui tous les luxes de la vie arrivaient facilement, mais malgré cela, il était insatisfait et cupide. Après avoir épousé Selma, il négligea le père de cette dernière dans sa solitude et pria pour sa mort afin d'hériter ce qui restait des richesses du vieil homme.
Le caractère de Mansour Bey était semblable à celui de son oncle, à la différence près que l'évêque avait tout ce qu'il voulait en secret, sous la protection de sa robe ecclésiastique et de la croix d'or qu'il portait sur sa poitrine, tandis que son neveu s'affichait publiquement.
L'évêque allait à l'église le matin et passait le reste de la journée à spolier les veuves, les orphelins et les gens un peu simples d'esprit.
Mais son neveu passait ses jours à la poursuite du plaisir sexuel. Le dimanche, l'évêque prêchait son évangile, mais durant la semaine il ne le mettait jamais en pratique, se mêlant aux intrigues politiques de la cité. Grâce au prestige et à l'influence de son oncle, Mansour Bey fit ce qu'il faut pour assurer les postes politiques à ceux qui pouvaient offrir un pot-de-vin suffisant.
L'évêque Bulos était un voleur qui agissait sous le couvert de la nuit, tandis que son neveu, était un escroc qui marchait fièrement au grand jour. Et pourtant, les peuples des nations orientales placent leur confiance dans des hommes comme eux - des loups et des bouchers qui ruinent leur pays par leur cupidité et écrasent leurs voisins d'une main de fer.
Pourquoi occuper ces pages avec ces mots sur les traîtres des pauvres nations au lieu de réserver tout l'espace à l'histoire d'une femme malheureuse au coeur brisé ? Pourquoi versais-je des larmes pour les peuples opprimés plutôt que de les garder toutes pour évoquer le souvenir d'une faible femme dont la vie fut arrachée par les dents de la mort ?
Mais, mes chers lecteurs, ne pensez-vous pas que cette femme-là ressemble à la nation qui est opprimée par les prêtres et les dirigeants ? Ne croyez-vous pas que l'amour contrarié qui mène une femme à la tombe est comme le désespoir qui gagne le peuple ? Une femme est à une nation ce que la lumière est à une lampe. La lumière ne sera-t-elle pas plus faible si l'huile dans la lampe est basse ?
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Saturday 15 August 2009, a 17:49 |
| Satan. 10 |

La Wiss se leva et s'apprêta à partir, mais le chef l'arrêta : "Qui est celui que tu appelles le dieu humain et qu'est-il ?. Qui est ce dieu téméraire qui lutte avec le dieu de la nuit glorieuse ? Nous n'avions jamais pensé à lui avant."
La Wiss se frotta le front et répondit : "Mon honorable maître, au temps jadis, avant la création de l'homme, tous les dieux vivaient ensemble en paix dans un monde supérieur derrière l'immensité des étoiles. Le dieu des dieux était leur père, il savait ce qu'ils ne savaient pas et faisait ce qu'ils étaient incapables de faire. Il conservait pour lui les secrets divins qui existaient par delà les lois éternelles.
Pendant la septième époque du douzième âge, l'esprit de Bathaar, qui détestait le grand dieu, se révolta, il se dressa devant son père et dit : "Pourquoi conserves-tu pour toi le pouvoir de la grande autorité sur toutes les créatures, nous dissimulant les secrets et les lois de l'univers ? Ne sommes-nous pas tes enfants qui croyons en toi et partageons avec toi l'intelligence suprême et l'être perpétuel ?"
Khalil Gibran, Satan
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| Friday 14 August 2009, a 09:18 |
| Les ailes brisées. 44 |
Devant le trône de la mort - 2

Selma Karamy, dans la ville de Beyrouth, était le symbole de la nouvelle femme orientale, mais comme bon nombre de ceux qui sont en avance sur leur époque, elle devint la victime du présent, et telle une fleur arrachée par la tige emportée par le courant d'une rivière, elle rejoignit le malheureux cortège des vaincus.
Mansour Bey Galib et Selma furent mariés et ils vécurent ensemble dans une belle demeure à Ras Beyrouth, où résidaient tous les riches dignitaires. Farris Effendi Karamy resta seul dans la maison isolée au milieu de son jardin et de son verger comme un berger solitaire parmi son troupeau.
Les joyeuses soirées de la noce se terminèrent, mais la lune de miel laissa le souvenir de jours d'amour chagrin, comme les guerres laissent des crânes et des os sur le champ des batailles Les fastes d'une noce orientale inspirent les coeurs des jeunes gens, mais sa fin peut les entraîner comme des meules au fond de la mer. Leurs réjouissances, comme des empreintes de pas sur le sable, finissent par être effacées par les vagues.
Le printemps s'acheva, puis l'été, et vint l'automne, mais mon amour pour Selma augmentait chaque jour au point de devenir une sorte de culte silencieux, le sentiment qu'un orphelin nourrit pour l'âme de sa mère dans les cieux. Mon désir fut converti en chagrin aveugle qui ne pouvait voir que lui, la passion qui me faisait monter les larmes aux yeux se changea en désarroi qui faisait saigner mon coeur, et mes soupirs de tendresse devinrent une prière incessante pour le bonheur de Selma et de son mari et pour la paix de son père.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Friday 14 August 2009, a 09:17 |
| Les ailes brisées. 43 |
Devant le trône de la mort - 1

De nos jours, le mariage est une farce dont les rênes sont aux mains des fiancés et de leurs parents. Dans la plupart des pays, les jeunes gens l'emportent tandis que les parents sont perdants. La femme est considérée comme un meuble, acheté et livré d'une maison à l'autre. Avec le temps sa beauté s'évanouit et elle finit comme un vieil objet délaissé dans un recoin obscur.
La civilisation moderne a rendu la femme un peu plus sage, mais elle a augmenté sa souffrance en raison de la convoitise de l'homme. Dans le passé, la femme était une épouse heureuse, mais aujourd'hui elle est une épouse malheureuse. Dans le passé, elle marchait aveuglément dans la lumière, mais à présent elle marche les yeux grands ouverts dans le noir.
Elle était belle dans son ignorance, vertueuse dans sa simplicité et forte dans sa faiblesse. Aujourd'hui, elle est devenue laide dans son ingéniosité, superficielle et sans coeur dans son expérience. Le jour viendra-t-il où la beauté et le savoir, l'ingéniosité et la vertu, la faiblesse du corps et la force de l'esprit seront unis chez une femme ?
Je suis l'un de ceux qui croient que le progrès spirituel est une loi du genre humain, mais l'approche de la perfection est lente et douloureuse. Si d'un côté la femme s'élève et que de l'autre elle est en retard, c'est que le rude sentier qui mène au sommet de la montagne est exposé aux embûches des voleurs et aux repaires des loups.
Cette étrange génération existe entre sommeil et éveil. Elle tient dans sa main le sol du passé et les graines du futur. Cependant, nous trouvons dans chaque cité une femme qui symbolise le futur.
Khalil Gibran, Les ailes brisées
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| Presentation |  A mon Maître Spirituel, Khalil Gibran ...
Celui qui m'a enfin ouvert les yeux sur le mystère de l'Individu et de son hypocrisie envers l'autre.
Il vaut mieux être seul que mal accompagné.
L'Amour est un trésor précieux, c'est le don de Dieu aux âmes sensibles et élevées.
Il ne sert de le gâcher avec ceux qui ne le comprennent.
L'Amour est un partage, on a beau écrire, "donner sans jamais ne rien attendre", il n'en est rien.
L'Amour se partage, se donne et s'apprécie avec les personnes qui savent partager, donner, apprécier.
J'ai donné jusqu'à ce jour à des êtres qui ne le méritaient. Mea culpa.
J'apprends dorénavant à Aimer ceux qui doivent l'être et non l'humanité entière.
Bien sûr, c'est difficile d'admettre que l'on s'est trompé dans l'appréciation de ses valeurs et de ses convictions.
A toi, Khalil, mon Mentor, Maître et Ami de Poésie ...
Toi, la voix/voie de l'éternelle Sagesse.
"Souffle de Mots"
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