
" ... une femme qui entend protéger celui qu'elle aime de l'ignorance des gens et de son âme ardente. J'avais l'habitude de m'asseoir à côté de toi comme une ombre tremblante, mais aujourd'hui je suis venue ici te montrer la vérité de mon être devant Ishtar et le Christ.
Je suis un arbre, qui a poussé dans l'ombre, et aujourd'hui j'étends mes branches pour trembler l'espace d'un instant à la lumière du jour.
Je suis venue ici te dire au revoir, mon bien-aimé, et je veux espérer que notre adieu sera aussi grand et terrible que notre amour. Que notre adieu soit comme le feu qui plie l'or et le rend plus resplendissant."
Selma ne me permit pas de parler ou de protester, mais elle me regarda, ses yeux brillaient, son visage conservait sa dignité. Elle ressemblait à un ange digne de silence et de respect.
Puis elle s'élança sur moi, ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant, m'entoura de ses bras lisses et imprima un long baiser, profond et ardent, sur mes lèvres.
Alors que le soleil se couchait, retirant ses rayons des jardins et des vergers, Selma alla au milieu du temple, elle en regarda longuement les murs et les recoins comme si elle voulait transmettre la lumière de ses yeux sur ces représentations et ces symboles.
Puis elle s'avança, s'agenouilla respectueusement devant l'image du Christ, embrassa ses pieds et murmura : "Oh, Christ, j'ai choisi Ta Croix et j'ai choisi de déserter le monde d'Ishtar fait de plaisir et de bonheur, j'ai porté la couronne d'épines et repoussé la couronne de laurier.
Je me suis lavée avec le sang et les larmes au lieu du parfum et de la myrrhe, j'ai bu le vinaigre et le fiel dans une coupe qui était faite pour le vin et le nectar : accepte-moi, mon Seigneur parmi ceux qui T'ont choisi, en affrontant leurs souffrances et en acceptant leurs peines."
Les ailes brisées, Khalil Gibran
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