
Cinq années s'étaient écoulées depuis le mariage de Selma sans qu'un enfant ne soit né pour renforcer le lien spirituel entre les époux et unir leurs âmes incompatibles.
Une femme bréhaigne est jugée partout avec dédain parce que le désir de la plupart des hommes est de se perpétuer à travers leur descendance.
L'homme matérialiste considère son épouse stérile comme une ennemie ; il la déteste et souhaite sa mort. Mansour Bey Galib était de ces hommes dominés par la matière, durs comme l'acier et avides comme une tombe.
Son désir d'avoir un enfant pour perpétuer son nom et sa réputation le fit haïr Selma malgré sa beauté et sa douceur.
Un arbre qui a poussé dans une grotte ne porte pas de fruits, et Selma, qui vivait dans l'ombre de la vie, ne portait pas d'enfant.
Le rossignol ne fait pas son nid dans une cage afin que l'esclavage ne soit pas le lot de ses petits ... Selma était prisonnière du malheur et c'était la volonté des Cieux, qu'elle ne donnât pas vie à un autre captif pour partager son existence.
Les fleurs des champs sont les enfants de la tendresse du soleil et de l'amour de la nature, et les enfants des hommes sont les fleurs de l'amour et de la compassion ...
L'esprit de l'amour et de la compassion ne régirent jamais la belle demeure de Selma à Ras Beyrouth. Pourtant, elle s'agenouillait chaque nuit devant les Cieux et demandait à Dieu un enfant par lequel elle pourrait trouver réconfort et consolation ...
Elle pria sans relâche jusqu'à ce qu'Ils accèdent à ses prières ...
L'arbre de la grotte fleurit pour donner enfin des fruits. Le rossignol dans la cage commença de faire son nid avec les plumes de ses ailes.
Selma tendit ses bras enchaînés vers les Cieux pour recevoir le précieux don et rien au monde n'eût pu la rendre plus heureuse que de devenir mère.
Elle attendit anxieusement comptant les jours et aspirant au jour où la plus douce mélodie des Cieux, la voix d'un enfant, résonnerait dans ses oreilles ...
Elle commença à apercevoir l'aube d'un futur meilleur à travers ses larmes.
Les ailes brisées, Khalil Gibran
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